Rétrospective 2025 : La Bourse de Tunis déjoue les turbulences; une performance historique de 35,12%

Dans un contexte économique toujours fragile localement et tendu sur le plan mondial, la Bourse de Tunis a réalisé en 2025, une de ses meilleures performances historiques: son indice de référence, Tunindex a terminé l'année avec une hausse de 35,12%, la cinquième de suite après un gain de de 13,75% en 2024, 7,90% en 2023, 14,74% en 2022 et 2,34% en 2021. Le baromètre de la place de Tunis a atteint le 31 décembre un sommet inédit à 13 449,95 points. Le Tunindex20, composé des 20 plus grandes valeurs et les plus liquides sur le marché, a suivi le même tempo, clôturant l’année 2025 à 5 975,28 points, enregistrant un gain de 36,30%. 
 
Le bilan annuel des indices sectoriels est largement positif, puisque sur les douze indices publiés par la Bourse de Tunis (secteurs et sous-secteurs), dix ont connu des performances positives, dont 7 qui ont même surperformé le TUNINDEX, à commencer par l'indice des valeurs bancaires, qui a pris 39,53% sur l'année, contre une hausse de 13,59% en 2024.
 
Durant l’année 2025, le volume global des échanges sur la Bourse de Tunis a enregistré une hausse de 46,3% pour atteindre 5 378MD contre 3 675MD durant l’année 2024. Les volumes échangés sur la Cote de la Bourse ont accaparé 56,9% du volume global des échanges, 2,0% sur le Hors-Cote et 41,1% pour les enregistrements et les déclarations. Les transactions de blocs ont représenté une part de 25,8% du volume des échanges sur les titres de capital et une part de 17,9% sur la cote de la Bourse, soit 548MD contre 431,7MD en 2024. 
 
La capitalisation boursière a enregistré une hausse de 31% correspondant à 8 199MD, pour s’établir à 34 666 MD contre 26 467MD à la fin de l’année 2024. La capitalisation boursière détenue par les étrangers, qui demeure essentiellement stratégique, a augmenté de 1 364MD en 2025 pour passer à 6 552MD représentant 18,9% de la capitalisation globale du marché contre 5 188MD et une part de 19,6% en 2024. 
 
Le top 5 des valeurs les plus performantes sont ASSAD qui a clôturé l’année sur un rendement de 412,9%. Le chiffre d’affaires global de l'Accumulateur Tunisien a augmenté de 15,5% au 30 septembre 2025, comparé à la même période de 2024 passant de 69,4 à 80,2 MD. L'action du spécialiste des batteries de démarrage est suivie de TUNINVEST-SICAR avec 359,5%. Le titre a connu une véritable frénésie qui a poussé le CMF à interpeller la société sur les raisons des mouvements en Bourse. La société d'investissement avait alors expliqué que ceux-ci mettent clairement en évidence la progression des revenus, soutenus principalement par les performances d'un des actifs, à savoir Nouvelair, dans laquelle Tuninvest SICAR détient 8,5% du capital. En 2025, Nouvelair a procédé, pour la première fois depuis l’entrée de Tuninvest SICAR à son capital, à une distribution de dividendes d'un montant significatif, ayant eu un impact direct sur les revenus de Tuninvest SICAR au cours de la période et constituent très probablement l'élément explicatif de la variation observée. Poulina GH complète le podium avec 118,3%, suivie d'ESSOUKNA avec 111,5% et TPR avec 88,8%.
 
Trois actions bancaires ont clôturé l’année sur des hausses de cours assez remarquables ; UBCI : +63%, ATTIJARI BANK : +61,4% et BNA : +59,8%.
 
Déjà boosté par les réalisations de 2024, principalement des valeurs reines de la cote et par leur politique généreuse de dividende, le sentiment du marché a été soutenu tout au long de l'année par les chiffres périodiques. En 2024, le résultat global des 72 sociétés qui ont publié leurs états financiers annuels, s’est amélioré de 12,2% par rapport à 2023, dépassant les 3 milliards de dinars. Les montants distribués en dividendes au titre de l’exercice 2024 ont augmenté également de 14,8% totalisant 1 588MD contre 1 383MD pour 2023. La dynamique s'est poursuivie au premier semestre 2025, avec une hausse de 9,2% du bénéfice des 66 sociétés ayant publié leurs comptes intermédiaires.
 
Les indicateurs d’activité des sociétés cotées, sur les 9 premiers mois de l’année 2025, font ressortir un revenu global en hausse de 5,7% par rapport à la même période de l’année 2024, pour atteindre 18,5 milliards de dinars contre 17,5 milliards de dinars. Concernant le secteur bancaire, pilier de l'ossature du marché boursier, le produit net bancaire (PNB) cumulé des 12 banques cotées a atteint 5 470MD durant les 9 premiers mois de l’année 2025, contre 5 224MD sur la même période de l’année 2024, soit une progression de 4,7%. Dans son ensemble, le secteur financier, a progressé de 5,3% durant les 9 premiers mois de l’année 2025, avec un revenu global de 7 322MD contre 6 952MD durant la même période l’année 2024; profitant entre autres de l’augmentation de l’activité des 7 compagnies d’assurances cotées qui ont émis des primes pour un montant global de 1 376MD contre 1 282MD, soit une évolution de 7,3%.
 
Outre les résultats des sociétés cotées, le regain d’enthousiasme des investisseurs pour les actifs risqués a été soutenu par quelques bouffées d'air frais sur le plan économique, telles que  la réévaluation de la note souveraine du pays et l'évolution de l'inflation qui pointait vers un relachement des taux d’intérêt, chose confirmée à deux reprises, avec un premier assouplissement en mars et un deuxième en fin d'année, la banque centrale annonçait alors une réduction de 50 points de base de son taux directeur à 7%. Les dernières données de l'Institut d'émission placent l'inflation à 4,9% en novembre, contre 7% en moyenne en 2024 et 9,3% l'année précédente. Au vu des réalisations, l’inflation devrait s’établir à 5,4%, en moyenne sur l'ensemble de 2025, prévoit la BCT.
 
Selon l'Institut National de la Statistique (INS), l'économie nationale a enregistré une croissance de 2,4% durant les neuf premiers mois de l'année 2025. Cette progression est essentiellement liée à la performance du secteur agricole (une contribution de 0,98 points de pourcentage), le secteur des industries manufacturières qui a enregistré une nette reprise (1,6%) et le secteur des services (1,4%). Sur l’année 2025, le taux de la croissance de notre PIB est estimé à 2,6% selon les projections avancées dans les rapports de synthèse sur la loi de finances 2026 et 3,3% en 2026. 
 
Côté dette publique, et selon le rapport général du budget de l’Etat pour l’année 2026, la dette extérieure devrait atteindre 156 704MD à fin 2026 soit une augmentation de 11 672MD. Dans le même sillage, selon le même rapport, les charges de la dette baisseront de 5,8% en 2026 par rapport à 2025, pour atteindre 23 057MD soit 12,27%
du PIB, répartie entre 13 544MD (58,7%) pour les dettes domestiques, et 9 513MD (41,3%) représentant les charges en devises étrangères au titre de l’année 2026.
 
Par ailleurs, au cours des neuf premiers mois de l’année 2025, le dinar s’est apprécié de 2,9% face au dollar américain et de 0,5% à l’égard de l’euro. Les avoirs nets de la Tunisie en devises se sont établis à 25 128MD, soit l’équivalent de 106 jours d’importation, au 30/12/2025 contre 27 332MD et 121 jours à la fin de l’année 2024.
 
L'année 2025 a connu des bouleversements majeurs et parfois contestés sur le plan législatif, à commencer par le code du travail tunisien qui a été profondément modifié par la Loi n° 2025-9 (mai 2025), et qui interdit désormais la sous-traitance de main-d'œuvre pour lutter contre la précarité, imposant le CDI comme norme et exigeant la titularisation des travailleurs concernés avec intégration de leur ancienneté. L'autre fait marquant a été la nouvelle loi no 41-2024 relative aux chèques sans provision, promulguée en août 2024 et appliquée depuis février 2025. La mesure est venue changer drastiquement le paysage des paiements en Tunisie, avec l'effondrement des recours aux chèques contre une hausse fulgurante des lettres de change (+58% en valeur à près de 40 milliards de dinars). La loi a suscité de vives inquiétudes quant à son impact, notamment sur les PME et les commerçants, les chèques en tant qu'option de paiement différé étant une pratique omniprésente chez les consommateurs tunisiens.
 
Sur le plan international, l'année a été jalonnée d'événements marquants, entre conflits, les effets différés du resserrement monétaire engagé depuis 2022 et la guerre commerciale. L'offensive protectionniste du 47éme président des États-Unis, Donald Trump, a plongé la planète dans l'incertitude. Les taxes massives sur la Chine, l'Inde et l'Union Européenne ont ajouté au flou et plongé les marchés mondiaux dans la nervosité tout au long de l'année. L’économie mondiale poursuit son expansion à un rythme modéré, porté principalement par les économies émergentes, tandis que les économies avancées enregistrent une croissance plus faible. Dans cette perspective, le Fonds Monétaire International (FMI), a révisé, en octobre dernier, à la hausse sa prévision de la croissance économique mondiale de 0,2 point de pourcentage pour cette année par rapport aux projections de juillet pour la porter à 3,2% (contre 3,3% réalisés en 2024). La croissance économique aux États-Unis devrait ralentir à 2% en 2025, par contre pour la Zone Euro, elle a été révisée à la hausse passant de 0,9% en 2024 à 1,2% en 2025. En Chine, les perspectives de croissance ont été maintenues inchangées, soit 4,8% en 2025 contre 5% en 2024, en raison de la résistance très forte aux tensions commerciales.
 
 

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