Tunisie : l’investissement doit atteindre 25 % pour soutenir la croissance

L'ancien directeur général de la politique monétaire à la Banque centrale de Tunisie, Mohamed Salah Souilem, a affirmé que l'économie tunisienne fait face à de multiples défis internes et externes, dans un contexte mondial marqué par l'incertitude. Selon lui, relancer la croissance passe avant tout par une hausse de l'investissement et l'accès à des financements moins coûteux. Intervenant ce jeudi 24 septembre 2026 sur les ondes de radio Express FM, il a rappelé que l'économie mondiale traverse une période de turbulences géopolitiques, guerre russo-ukrainienne, tensions dans le Golfe, conflit Iran-États-Unis, qui pèsent sur les prix du pétrole, des matières premières, ainsi que sur la croissance et l'inflation à l'échelle globale.

Une croissance encore insuffisante

En effet, Mohamed Salah Souilem estime que l'économie tunisienne sort progressivement d'une période difficile, avec une croissance passée de 1,6% en 2024 à 2,5% en 2025, puis à 2,4% au premier semestre 2026. Des niveaux qu'il juge néanmoins toujours insuffisants, le potentiel de croissance du pays ayant nettement reculé par rapport à l'avant-2010, période où il avoisinait 4,5%. Cette faiblesse pèse directement sur les finances publiques : moins de croissance signifie moins de recettes fiscales, et donc moins de capacité d'investissement et de réduction du déficit.

Une dette publique qui dépasse 80% du PIB

La dette publique, qui représentait environ 40% du PIB en 2010, dépasse désormais 80% et pourrait atteindre 85% en 2026, selon ses estimations. Plus de 70% du budget de l'État sont aujourd'hui absorbés par trois postes : salaires, service de la dette et subventions, une répartition qui limite fortement les marges de manœuvre en matière d'investissement public, avec des répercussions sur les infrastructures et les entreprises publiques. Pour l'ancien responsable, l'État doit impérativement retrouver sa capacité d'investissement pour stimuler l'investissement privé.

Porter le taux d'investissement à au moins 25%

Le taux d'investissement en Tunisie est tombé à environ 15%, contre plus de 20% auparavant. L'ancien responsable de la BCT juge nécessaire de le porter progressivement à au moins 25% pour accélérer la croissance, créer des emplois et renforcer les ressources propres de l'État. A cet effet, Mohamed Salah Souilem appelle à diversifier les sources de financement, notamment auprès des institutions financières internationales, estimant que le coût du financement n'est pas problématique tant qu'il reste inférieur à la rentabilité attendue des projets.

Des secteurs productifs en perte de vitesse

Par ailleurs, l’invité d’Expresso relève que plusieurs secteurs autrefois moteurs de la croissance, énergie, phosphates, tourisme, industries mécaniques et électriques, ont perdu de leur dynamisme. La part de marché de la Tunisie en Europe est passée de 0,6% en 2010 à 0,5% aujourd'hui, alors que des pays concurrents ont progressé sur la même période. Il appelle à une réévaluation du modèle économique tunisien et à une stratégie claire pour retrouver un rythme de croissance plus soutenu.

Loi de finances 2027 : trois hypothèses déterminantes

Concernant le budget 2027, Mohamed Salah Souilem souligne les incertitudes liées à trois variables clés : le taux de croissance, le prix du pétrole et le taux de change. L'hypothèse initiale de 63 dollars le baril a été largement dépassée, les cours ayant atteint 87 à 90 dollars, sachant que chaque hausse d'un dollar coûte environ 160 millions de dinars au budget de l'État. L'écart pourrait ainsi générer un surcoût de 5 à 6 milliards de dinars sur la facture pétrolière. Le taux de change du dinar face au dollar reste également déterminant, une partie des dépenses publiques, notamment énergétiques, étant libellée en devises étrangères.

Un déficit commercial qui pourrait atteindre 26 milliards de dinars

Sur la balance des paiements, M. Souilem met en garde contre la poursuite de la hausse du déficit commercial, qui a atteint environ 18 milliards de dinars sur les huit premiers mois de 2026. Si la tendance se maintient, il pourrait atteindre 26 milliards de dinars d'ici fin d'année, dépassant le précédent record de 25 milliards enregistré en 2022.

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