Énergie : la Tunisie face à une facture qui pourrait grimper de 1,5 milliard de dollars en 2026

La situation énergétique de la Tunisie s'annonce préoccupante pour l'année à venir. Selon une analyse fondée sur les données des cinq dernières années, le pays pourrait voir sa facture d'importations énergétiques s'alourdir considérablement en 2026, sous l'effet conjugué de deux tendances structurelles qui ne montrent aucun signe d'inversion : le déclin continu de la production nationale et la progression soutenue de la demande intérieure, selon Tema.

Une crise de ciseaux qui se referme

Les chiffres sont éloquents. La production nationale d'énergie devrait reculer à 3 135 ktep en 2026, contre 3 385 ktep en 2025, soit une baisse de 7,4 % en glissement annuel. Dans le même temps, la consommation intérieure continuerait de progresser pour atteindre 9 810 ktep, après 9 684 ktep l'année précédente, en hausse de 1,3 %. Résultat mécanique : le déficit énergétique du pays se creuserait de 8,7 % en 2026, aggravant encore la dépendance du pays aux importations.

Tout dépendra du prix du baril

C'est là qu'intervient la variable la plus imprévisible, et la plus déterminante : le prix du pétrole sur les marchés internationaux. Trois scénarios ont été modélisés, et leurs conclusions divergent sensiblement.

Dans le premier scénario, le plus favorable, le baril de pétrole s'établirait à 63,3 dollars, soit le niveau retenu par la loi de finances 2026. Dans ce cas, la facture énergétique resterait quasi stable à 13,9 milliards de dinars tunisiens, contre 13,8 en 2025 lorsque le baril évoluait autour de 69 dollars. La baisse du prix du brut compenserait en effet le surcroît d'importations lié au creusement du déficit.

Le deuxième scénario table sur un baril à 70 dollars. Dans cette configuration, la double pression, hausse des volumes importés et hausse du prix, porterait la facture à 15,3 MMDT, soit un alourdissement de près de 1,5 milliard de dinars, l'équivalent d'environ 500 millions de dollars.

Le troisième scénario, aligné sur les prévisions de la Banque Mondiale, est le plus sévère. Avec un baril à 86 dollars, la combinaison d'une hausse des importations de 8,7 % et d'une progression du prix du pétrole de 24,6 % propulserait la facture énergétique à 18,4 MMDT. Le surcoût par rapport à 2025 atteindrait alors près de 4,6 milliards de dinars, soit environ 1,5 milliard de dollars, un choc considérable pour des finances publiques déjà sous tension.

Un pari risqué sur les prix

Le gouvernement tunisien a construit son budget 2026 sur l'hypothèse d'un baril à 63,3 dollars. Or, les cours actuels et les anticipations des grandes institutions internationales suggèrent que ce plancher pourrait être difficile à tenir. Si le scénario de la Banque Mondiale venait à se concrétiser, l'écart entre les prévisions budgétaires et la réalité des marchés creuserait un déficit supplémentaire que le pays aurait du mal à absorber sans recourir à un financement extérieur ou à une révision douloureuse des subventions énergétiques.

Dans tous les cas, la question énergétique s'impose plus que jamais comme le défi structurel central de l'économie tunisienne, et l'urgence d'accélérer la transition vers les énergies renouvelables, seul levier capable de desserrer durablement l'étau des importations, n'en est que plus criante.

 
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