
Un juge fédéral de Brooklyn a accordé son approbation préliminaire à un accord révisé de 38 milliards de dollars entre Visa, Mastercard et les commerçants américains, visant à clore un litige antitrust débuté en 2005. Dans cette affaire au long cours, les réseaux de cartes étaient accusés de fixer des commissions d'interchange excessives pour le traitement des paiements. Le juge Brian Cogan a qualifié ce compromis de juste, raisonnable et adéquat, ouvrant la voie à une homologation finale future. Cette décision intervient deux ans après le rejet d'une première offre de 30 milliards de dollars qui avait été jugée insuffisante par la justice en juin 2024.
Pour apaiser les tensions, Visa et Mastercard ont consenti à plusieurs concessions majeures. Les deux géants du paiement vont réduire leurs frais d'interchange de 0,1 point de pourcentage pendant cinq ans et plafonner les taux standards pour les particuliers à 1,25 % sur huit ans. De plus, l'accord offre une liberté inédite aux commerçants, qui pourront appliquer des majorations tarifaires aux clients selon la carte utilisée ou refuser certaines catégories de cartes, comme les cartes commerciales ou premium. Cette flexibilité met fin à la règle historique qui imposait d'accepter indifféremment toutes les cartes du réseau. À la suite de cette annonce, l'action Visa a progressé de 1,7 % et celle de Mastercard de 2 %.
Cette validation s'est pourtant faite malgré l'opposition de la grande distribution, menée par des groupements professionnels et le géant Walmart. Les contestataires estiment que l'accord enferme les commerçants dans un dilemme permanent entre payer des frais trop élevés sur les cartes premium qui dominent le marché ou perdre des clients en les refusant. Bien qu'il ait reconnu la validité de certaines critiques, le juge Cogan a rappelé qu'un règlement n'a pas vocation à être parfait, l'important étant de déterminer si ce compromis constitue le meilleur résultat possible au regard des risques d'un procès.
L'enjeu financier reste colossal puisque les commissions d'interchange ont atteint 118,8 milliards de dollars aux États-Unis en 2025, avec un taux moyen de 2,36 %. Si les réseaux de cartes ont salué une avancée majeure, les partisans de l'accord mettent aussi en avant des retombées positives à long terme. Des experts, parmi lesquels le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, estiment en effet que ces modifications réglementaires pourraient faire économiser 38 milliards de dollars aux commerçants d'ici 2031 et générer plus de 220 milliards de dollars de bénéfices globaux, profitant par répercussion aux consommateurs.
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