
L'Union Africaine a annoncé cette semaine l’inauguration officielle de l’Agence africaine de notation financière, connue sous le sigle AfCRA. Réunis à Saint-Louis, à Maurice, les dirigeants de la Commission de l’Union africaine, les ministres mauriciens des Affaires étrangères et des Services financiers, le Premier ministre du Burundi, ainsi que des représentants des Nations unies et de la Banque africaine d’import-export ont célébré ce rendez-vous qualifié de tournant décisif.
Cette initiative continentale, validée sur le principe par l’Union africaine dès 2017 et portée opérationnellement par le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, vise à corriger un déséquilibre historique. Depuis de nombreuses années, les gouvernements africains déplorent les biais méthodologiques des grands acteurs internationaux de la notation, lesquels tendent à surestimer le risque souverain du continent, renchérissant artificiellement le coût des emprunts à travers la « prime d’Afrique ». En apportant une grille de lecture ancrée dans les réalités, les données et l’expertise locales, l’AfCRA entend offrir aux investisseurs globaux une analyse plus juste et nuancée des économies de la région.
Le choix de Maurice pour héberger le siège de cette nouvelle institution ne doit rien au hasard, le pays bénéficiant d’un centre financier international mûr, d’un cadre réglementaire solide et d’une excellente connectivité économique avec le reste du monde. Les responsables du projet soulignent toutefois que l’AfCRA n’a pas vocation à délivrer des notes de complaisance ni à soustraire les États à une analyse rigoureuse. L'objectif demeure de se conformer aux standards internationaux les plus stricts en matière de transparence et d’indépendance analytique, tout en incitant les gouvernements à maintenir la discipline budgétaire et la viabilité de leur dette.
Les premières évaluations, attendues à l'horizon 2027, s'adresseront aussi bien aux souverains qu'aux entreprises. Pour les décideurs africains, l'enjeu dépasse la simple technique financière : il s'agit de libérer des marges de manœuvre budgétaires indispensables au financement des infrastructures, de la santé, de l'énergie et de la transition industrielle, affirmant ainsi pleinement la souveraineté économique du continent.
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