Système financier tunisien : Des carences qui appellent une modernisation structurelle selon l'ITES

L’architecture financière tunisienne, historiquement adaptée aux logiques d’investissement matériel et au financement classique de l’économie, peine à suivre les mutations en cours et à répondre à la diversité des besoins qui émergent. Les équilibres régionaux, générationnels et sectoriels se trouvent au cœur des enjeux sociétaux alimentés par des attentes plus fortes en matière d’équité, d’accès et de modernisation.
 
C’est pour répondre à ces enjeux et anticiper les transformations à venir que l’Institut Tunisien des Études Stratégiques (ITES) a lancé une étude qui vise à accompagner la modernisation et la transformation du Système Financier (SF) Tunisien vers un cadre rénové, cohérent et inclusif, capable de soutenir la compétitivité économique, la cohésion territoriale et la transition écologique et numérique du pays. L’ambition est de mettre en lumière les évolutions nécessaires pour renforcer la cohérence, l’efficacité et la résilience du financement de l’économie tunisienne, dans une période où les besoins de transformation sont aussi profonds qu’urgents.
Cette étude s’inscrit dans une réflexion d’ensemble sur l’évolution du système financier tunisien et sur sa capacité à accompagner les transformations économiques, sociales et territoriales en cours. Elle vise à éclairer les choix stratégiques à venir en proposant une lecture intégrée du fonctionnement actuel du financement de l’économie, des déséquilibres qui le traversent et des leviers de modernisation susceptibles d’en renforcer l’efficacité et l’équité.
 
Dans cette perspective, l’étude privilégie une approche pragmatique, fondée sur des propositions concrètes et opérationnelles, conçues comme des leviers illustratifs de nouvelles manières de faire. Ces propositions n’ont pas vocation à épuiser le champ des réformes possibles, mais à constituer des points d’appui et des points de départ pour engager, de manière progressive et maîtrisée, la transformation souhaitée du système de financement de l’économie.
 
L’analyse met en relation l’architecture institutionnelle du système financier, la structuration de ses acteurs, la dynamique des flux de financement et la persistance de mécanismes d’exclusion qui affectent une part importante du tissu productif.
 
Elle permet de mettre en évidence des asymétries durables, liées à la taille des entreprises, à leur implantation territoriale, à leur maturité et à la nature des actifs financés, qui limitent la capacité du système à soutenir l’innovation, la montée en gamme et l’inclusion.
 
À partir de ces constats, l’étude projette les contours d’un système financier renouvelé, en cohérence avec les aspirations exprimées par les acteurs nationaux et éclairé par l’analyse de trajectoires internationales comparables. Cette projection vise à définir un cadre de référence commun pour la modernisation du financement de l’économie, tenant compte à la fois des contraintes institutionnelles existantes et des besoins émergents.
 
Selon l'ITES, bien que le système financier tunisien ait largement contribué au développement économique du pays depuis plusieurs décennies, ses mécanismes d’allocation ressources demeurent marqués par des déséquilibres persistants. Les PMEs, les entreprises jeunes, les régions intérieures et les investissements intangibles se trouvent à l’écart des circuits de financement, ce qui constitue aujourd’hui un frein majeur au développement des PME, à la croissance, à l’innovation, à l’inclusion régionale et orientée vers une plus grande complexité. Ces gaps traduisent aussi des redondances structurelles dans la manière dont les financements sont distribués, évalués et orientés. Leur persistance met en lumière une tension entre les pratiques héritées, centrées sur le risque perçu, les actifs tangibles et les acteurs établis, et les besoins actuels d’une économie en transformation.
 
La distribution du crédit bancaire reste marquée par une orientation significative vers les grandes entreprises. Elle s’explique par un modèle de financement historiquement structuré autour d’une forte aversion au risque, d’un recours quasi systématique aux sûretés réelles, d’une architecture prudentielle qui valorise davantage les actifs physiques que les trajectoires de croissance, et d’une préférence structurelle pour les entreprises disposant d’historiques financiers solides et d’assises patrimoniales importantes.
 
Cette logique exclut de facto des segments entiers: PME peu capitalisées, TPE, activités émergentes et entreprises de haute intensité immatérielle. Les données disponibles illustrent clairement l’ampleur du phénomène(17) : 41,4 % des demandes de crédit formulées par les PME sont refusées, tandis que près de la moitié d’entre elles (48,6 %) renoncent à solliciter un financement, anticipant un refus ou jugeant les procédures trop lourdes.
 
Plus préoccupant encore, 60,6 % des PME ne disposent d’aucune ligne de crédit, confirmant l’ampleur des obstacles d’accès au financement aussi bien de l’investissement que du fonds de roulement. Cette situation traduit à la fois un effet d’éviction massif au bénéfice des grandes entreprises et une tendance à l’auto-exclusion des communautés historiquement mal desservies. Elle révèle aussi l’insuffisante capacité du système bancaire à financer la diversité des besoins de l’économie réelle.
 
Pour l'ITES, Le Système Financier de la Tunisie a pour vocation de devenir un écosystème ouvert, inclusif et durable, capable de mobiliser efficacement les ressources nationales et internationales pour financer la transformation productive, réduire les fractures sociales et régionales, et accompagner les transitions énergétiques, écologique et numérique du pays. Cette vision, consolidée à partir des diagnostics techniques, des ateliers participatifs et des entretiens individuels, constitue le socle stratégique de la modernisation structurelle du système financier tunisien...
 
 
 
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