Secteur bancaire : Arbi Ben Bouhali évoque l'équation complexe entre le financement de l'État et le soutien au secteur privé

La récente rencontre au sommet entre la ministre des Finances, Méchket Salama Khaldi, et les dirigeants des institutions bancaires tunisiennes remet en lumière le délicat exercice d’équilibrage des comptes publics du pays. Face à des besoins budgétaires croissants au cours du second semestre, l'État sollicite activement le secteur financier pour souscrire aux émissions de bons du Trésor. Cette démarche s'inscrit toutefois dans une équation complexe, le gouvernement insistant sur la nécessité de préserver la solidité financière des banques et leur mission première de soutien à l'économie réelle et à l'investissement privé. Bien que les représentants sectoriels aient réaffirmé leur engagement en faveur de la stabilité financière nationale, cette stratégie illustre les marges de manœuvre limitées des autorités fiscales. Elle succède d'ailleurs à des orientations de la Banque centrale de Tunisie qui exhortaient, à l’inverse, à accroître les crédits au secteur privé pour stimuler la croissance.
 
Cette double sollicitation place les banques commerciales dans une situation inconfortable, écartelées entre le financement souverain et le soutien aux entreprises. Pour l'expert en gestion d'actifs Arbi Ben Bouhali, intérrogé par l'agence TAP, les tensions structurelles sur les finances publiques découlent d'un déficit budgétaire chronique, d'une lourde facture des subventions énergétiques et d'un manque à gagner fiscal majeur causé par l'économie parallèle. Représentant près de 40 % de l'activité globale, ce secteur informel prive l'État d'environ 12 milliards de dinars de recettes annuelles. Pour compenser ces faiblesses, la Banque centrale a injecté près de 25 milliards de dinars au cours des trois dernières années pour couvrir les besoins étatiques, une pratique de financement monétaire régulièrement pointée du doigt par les institutions financières internationales en raison des risques inflationnistes qu'elle engendre.
 
Le secteur bancaire subit parallèlement une forte pression sur ses liquidités, accentuée par plus de 33 milliards de dinars de financements accordés au gouvernement en 2025, alors que les créances douteuses culminent à 19 milliards de dinars et que 28 milliards de dinars circulent hors du circuit officiel. Cette concentration des liquidités vers les titres souverains menace de déclencher un effet d'éviction du secteur privé, réduisant les ressources disponibles pour l'investissement productif, l'emploi et la croissance. Selon les analystes, la sortie de cette impasse repose impérativement sur des réformes structurelles profondes, notamment la rationalisation des dépenses publiques, la refonte des subventions et l'intégration fiscale de l'économie informelle. À l'heure où le gouvernement s'efforce de boucler son budget dans une conjoncture internationale volatile, le défi majeur reste de stabiliser le Trésor sans asphyxier le moteur économique privé.
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