Dette tunisienne : moins d'emprunts à l'étranger, mais une facture intérieure qui s'alourdit

L'analyste financier Moez Hadidane a décrypté sur la radio Expressfm, ce que recouvre réellement l'annonce de la Banque centrale sur la réduction de la dette tunisienne. Derrière une bonne nouvelle apparente se cache un rééquilibrage aux implications plus complexes.

Une dette qui a presque doublé en six ans
Commençons par les chiffres bruts : la dette publique totale est passée de 83 milliards de dinars en 2019 à 141 milliards en 2025. Ce n'est donc pas le volume de la dette qui a reculé, mais bien sa composition. Et c'est là que réside toute la nuance du discours de la Banque centrale.
En 2019, la dette extérieure représentait environ 70 % du total, contre 30 % pour la dette intérieure. Six ans plus tard, la situation est quasi inversée : 60 % de dette intérieure, 40 % de dette extérieure. C'est cette inversion que le gouverneur de la BCT présente comme un allègement, et ce n'est pas faux : la dette extérieure est effectivement passée de 47,7 % du PIB en 2019 à 32 % en 2025.

Un tournant dans la politique d'emprunt
Pour comprendre ce basculement, Hadidane remonte aux flux annuels d'emprunt. En 2019, l'État avait levé 9,6 milliards de dinars, dont 7 milliards à l'étranger et 2,6 milliards sur le marché domestique. En 2025, la proportion s'est radicalement inversée : 3,8 milliards empruntés à l'extérieur, contre 21,8 milliards sur le marché intérieur.
La conséquence est mécanique : le poids relatif de la dette externe recule, tandis que la dette interne enfle. Ce n'est pas une amélioration de la situation budgétaire, c'est un changement de modèle de financement.

Les prêts de la BCT : une dette comme les autres
L'analyste fiancier a tenu à lever une ambiguïté fréquente. Les prêts accordés par la Banque centrale à l'État ne sont pas de simples jeux d'écriture entre institutions publiques : ce sont de véritables dettes, inscrites au passif de l'État, même lorsqu'elles ne portent pas d'intérêts.
Ces prêts sont consentis sur dix ans, avec un différé de remboursement de trois ans. Et pour les financer, la Banque centrale crée de la monnaie, ce qui n'est pas sans conséquences sur les liquidités en circulation.

L'équilibre délicat entre dette interne et dette externe
Le recours accru à l'emprunt intérieur présente un avantage réel : il réduit l'exposition aux risques de change et aux aléas des marchés financiers internationaux. Mais il a un revers. Les emprunts extérieurs, eux, alimentent les réserves en devises, indispensables pour financer les importations et honorer les engagements extérieurs du pays. Substituer massivement de la dette interne à de la dette externe, c'est donc aussi s'exposer à un amenuisement des réserves de change. L'équilibre entre les deux sources de financement n'est pas optionnel, souligne Moez Hadidane : il est structurel.

Le 15 juillet, un rendez-vous symbolique
En clôture de son intervention, l'analyste financier a révélé une échéance imminente : le 15 juillet 2026, la Tunisie remboursera son dernier emprunt obligataire majeur sur les marchés financiers internationaux. Il s'agit d'un emprunt de 700 millions d'euros contracté en 2019, dont le coût total, principal et intérêts, s'élèvera à environ 2,3 milliards de dinars.
Ce remboursement marque, selon lui, la fin d'une époque : celle où la Tunisie levait directement des fonds sur les marchés financiers internationaux. Une page se tourne, reste à savoir ce qu'elle ouvre.
 

© Copyright Tustex