
La circulaire de la Banque centrale de Tunisie sur les crédits d'honneur ne règle pas l'essentiel. C'est la position d'Aram Belhadj, économiste et enseignant-chercheur à l'Université de Carthage, qui s'est exprimé jeudi sur Express FM.
Pour lui, le texte apporte certes une avancée sur le contrôle, en imposant aux banques une déclaration mensuelle à la BCT détaillant les crédits accordés, les montants recouvrés et leur répartition par gouvernorat. Mais trois réserves de fond demeurent entières : la difficulté à tarifer le risque, l'évaluation de la capacité de remboursement laissée à la discrétion des banques, et une enveloppe globale d'environ 120 millions de dinars qu'il juge nettement insuffisante au regard des besoins.
Sa crainte la plus vive est celle d'une discrimination silencieuse. Face à des financements sans intérêts ni garanties, les banques auront naturellement tendance à se tourner vers leurs clients habituels, ceux dont elles connaissent le profil et l'historique. Les particuliers et les entreprises qui n'ont jamais eu accès au crédit, pourtant cibles prioritaires du dispositif, risquent ainsi de rester sur le bord du chemin.
Pour contourner cette logique, Aram Belhadj propose une alternative : affecter 8% des bénéfices des banques à un fonds social placé sous la responsabilité de l'État, qui redistribuerait ces ressources vers les catégories visées. Une approche qui, selon lui, serait plus efficace que de demander aux banques de financer directement des profils qu'elles perçoivent comme risqués.
L'économiste élargit enfin le débat au secteur bancaire dans son ensemble. Solide sur le plan prudentiel, avec un ratio de solvabilité à 15,2% à fin mars 2026, il peine pourtant à jouer son rôle de moteur économique : les crédits n'ont progressé que de 1,3% au premier semestre, tandis que la part des créances accrochées remonte légèrement à 15,1%. Des chiffres qui illustrent, à ses yeux, le fossé entre la santé financière des banques et leur contribution réelle au financement de l'économie.
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