
L'intensification des tensions géopolitiques sur les principales routes maritimes internationales fait peser une nouvelle menace logistique sur l'économie tunisienne, directement exposée aux fluctuations du commerce extérieur. Avec plus de 90 % de ses échanges extérieurs transitant par voie maritime, le pays subit de plein fouet la hausse mondiale des primes d'assurance des navires et l'explosion des coûts du fret. Cette situation critique, totalement exogène, impacte un volume d'échanges massifs qui dépasse annuellement les 80 milliards de dinars à l'importation et les 60 milliards de dinars à l'exportation. Toute réévaluation des tarifs de transport se répercute ainsi immédiatement sur les prix à la consommation et les coûts de production industrielle, intensifiant les pressions inflationnistes. Les données de l'Institut national de la statistique confirment la fragilité du contexte macroéconomique actuel, avec un déficit commercial qui s'est aggravé pour atteindre 10,4 milliards de dinars au cours des cinq premiers mois de l'année 2026, contre 8,37 milliards de dinars sur la même période en 2025.
Les instances professionnelles locales précisent que cette instabilité tarifaire ne découle d'aucune décision interne. Le président du Groupement professionnel du transport et de la logistique au sein de la CONECT, Malek Alaoui, explique que le coût final du transport est grevé par l'accumulation de facteurs internationaux tels que les nouvelles taxes environnementales liées aux émissions de carbone, la hausse du carburant, l'augmentation des redevances dans les grands ports mondiaux et l'allongement des itinéraires pour contourner les zones de conflits comme le détroit d'Ormuz. Face aux ajustements tarifaires massifs des armateurs étrangers, les opérateurs nationaux tentent de faire tampon, à l'instar de la Compagnie tunisienne de navigation qui maintient ses tarifs de base inchangés depuis 2019, tout en étant contrainte d'intégrer les surcharges inhérentes aux coûts du carburant et du risque mondial.
L'impact financier se traduit concrètement par des hausses de prix oscillant entre 900 et 1 400 dollars pour un conteneur de 20 pieds, et entre 1 800 et 2 800 dollars pour un conteneur de 40 pieds. Face à cette situation qui asphyxie les petites et moyennes entreprises importatrices de matières premières et d'équipements, le porte-parole de l'ANPME, Abderrazak Houas, préconise le passage rapide à une approche logistique anticipative et stratégique. Il suggère notamment d'explorer les mécanismes de coopération à l'échelle maghrébine pour restaurer un pouvoir de négociation face aux géants maritimes mondiaux, d'inciter les entreprises à sécuriser des contrats de transport à long terme et de bâtir des zones logistiques de stockage stratégique à proximité des ports nationaux. L'avenir de la résilience tunisienne repose également sur la digitalisation et l'adoption de l'intelligence artificielle pour optimiser la gestion des flux, une modernisation indispensable pour valoriser la position géographique de la Tunisie et consolider son rôle de plateforme de réexportation vers les marchés africains.
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