
Dans une note récente, l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) alerte sur un phénomène préoccupant qui pèse de plus en plus sur l’économie tunisienne : l’effet d’éviction. Ce mécanisme, souvent discret mais lourd de conséquences, résulte de la forte mobilisation des ressources financières nationales pour le financement de l’État, au détriment du secteur privé et de l’investissement productif.
L’effet d’éviction apparaît lorsque l’État, confronté à des besoins de financement croissants, capte une part importante des ressources disponibles sur le marché intérieur, notamment via le système bancaire. Dans ce contexte, les banques privilégient le financement de la dette publique, perçue comme moins risquée, au détriment des entreprises, en particulier les PME. Cette situation réduit l’accès au crédit pour le secteur privé et freine la dynamique d’investissement, pourtant essentielle à la croissance économique et à la création d’emplois.
Selon l’IACE, cette orientation du crédit s’explique par un environnement économique incertain, marqué par des tensions budgétaires, une faible visibilité macroéconomique et une aversion accrue au risque de la part des établissements bancaires. Résultat : les projets productifs, l’innovation et l’expansion des entreprises se retrouvent relégués au second plan, ce qui affaiblit le tissu économique national et limite les perspectives de reprise durable.
Face à ce constat, l’IACE plaide pour une révision de la stratégie de financement de l’État afin de rétablir un meilleur équilibre entre les besoins du secteur public et ceux de l’économie réelle. Parmi les principales recommandations figure la création d’une structure nationale dédiée à la gestion de la dette publique, permettant d’améliorer la coordination, la transparence et la planification à moyen et long terme. Une telle approche contribuerait à réduire la pression exercée sur les ressources bancaires locales.
L’Institut recommande également de renforcer le recours aux partenariats public-privé (PPP), qui constituent une alternative efficace pour financer les grands projets sans alourdir excessivement la dette intérieure. Par ailleurs, un soutien ciblé au financement des PME et des projets à forte valeur ajoutée est jugé indispensable pour relancer l’investissement productif et stimuler la croissance.
En définitive, la note de l’IACE met en lumière un enjeu central pour l’économie tunisienne : sans une limitation de l’effet d’éviction, le financement de l’État risque de se faire au détriment du développement du secteur privé. Restaurer la confiance, diversifier les sources de financement et réorienter le crédit vers l’économie réelle apparaissent ainsi comme des conditions essentielles pour assurer une croissance durable et inclusive.
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